Julien et Edouard (photographie Juliette Villard, 2013)

Edouard Ropars

est né en 1973. Il étudie les sciences puis l’architecture à Rennes (EAB), Paris (EAPB) et Berlin (TU) et est Architecte DPLG depuis octobre 2002. En 1999, il est lauréat du «British Council Student Exchange Award» puis en 2002, il est lauréat de l’Académie de France à Rome et est «Pensionnaire de la Villa Médicis» en 2003 et 2004; en 2008, il est invité en résidence à la Villa Arson à Nice. De 2006 à 2010, il est enseignant du Master Théorie et Projet à l’ENSA de la Ville et des Territoires à Marne-la-Vallée et pendant l’année 2009-2010, il est enseignant invité du DNSEP Design et Espace de l’Ecole d’Art d’Annecy. De 2010 à 2019, il est Maître de Conférence titulaire (TPCAU) à l’ENSA de Paris-La-Villette et depuis 2020 à l’ENSA de Paris-Malaquais.

Julien Abinal

est né en 1976. Il étudie l’architecture à Paris (EAPM) et est Architecte DPLG depuis novembre 2007. De 2000 à 2007, il collabore en qualité de chef de projet à l’agence de Patrick Berger et Jacques Anziutti ; il a notamment suivi les études et les réalisations de projets industriels, d’équipements sportifs puis d’infrastructures de transport. En 2010, il est lauréat (pour Abinal & Ropars) des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2009- 2010. De 2013 à 2018, il enseigne à l’ENSA de la Ville et des Territoires à Marne-La-Vallée.

Villa Médicis – Académie de France à Rome
Edouard Ropars pensionnaire à la Villa Médicis 2003-2004

Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes
Julien Abinal (pour A&R) lauréat des AJAP 2009-2010

Prix Un Patrimoine pour demain
Edouard Ropars lauréat du grand prix du Pélerin 2012 pour le mobilier liturgique de Saint-Paul-de-la-Plaine

Prix de la Première Œuvre
A&R nommés au Prix de la Première Œuvre du Moniteur 2016 pour l’opération du boulevard de la Chapelle

European Union Prize for Contemporary Architecture Mies van der Rohe Award
A&R nominés pour le prix Mies van der Rohe 2017 pour le Musée Arthur Rimbaud

Prix d’Architectures 2020
A&R reçoivent le prix d’architecture 2020 des 10 meilleures réalisations pour les logements sociaux du boulevard Vincent Auriol à Paris

Awards Facades 2021 par Facades2Build
A&R nominés pour les logements sociaux du boulevard Auriol à Paris

Les bureaux de l'agence, situés square Montholon dans le neuvième arrondissement de Paris

Maîtres d’Ouvrages
Elogie-Siemp
Paris Habitat
RIVP
RATP – RATP Habitat – RATP Real Estate
I3F
Nantes Métropole Habitat
Kaufman & Broad
Linkcity
Nexity
Emerige
Legendre Immobilier
Logis-Transports
Pierres et Lumières
Ville de Charleville-Mézières
Bouygues Immobilier

Aménageurs
SEMAPA
Samoa
Grand Paris Aménagement

Collaborations
Berger-Anziutti
Lan Architecture
Charles-Henri Tachon
Atelier Martel
Collet Muller Architectes
Tanya Klyne-Emma Saintonge
Eric Lapierre (Experience)
Miller & Maranta
Office KGDVS
Sophie Delhaye
Jasmine Kenniche Le Nouëne (JKLN)
Labaye-Sumi
Atelier Desmichelle
Antoine Regnault Architecture
Atelier Fernandez & Serres
Saison Menu
Atelier Rita
Barthélémy Griño
Shahinda Lane
2PM A

Artistes-Auteurs
Natacha Lesueur
Philippe Jarrigeon
Jacques Julien
Yves Bélorgey
Stéphanie Nava
Claude Lévêque
Stéphane Bouquet

Graphistes
Studio Warmgrey
Xavier Barral
Yoan De Roeck

Site web
Alles Gut

Photographes
Martin Argyroglo
Laurent Kronenthal
Arnaud Le Brazidec
Quentin Lacombe
Philippe Chancel
Stéphane Chalmeau
Fabrice Fouillet
Charly Broyez
Gil Fornet
Pierre L’Excellent
Guillaume Baeriswyl

Institutionnels
Les Chantiers du Cardinal
Institut Français de la Mode

Marques
Dior Haute Joaillerie
Baccarat
Karine Arabian
Statement
Printemps
Renault
Galeries Lafayette
Galerie Mitterrand
La Clique

Edouard Ropars et Julien Abinal ont associé leur travail depuis 2006 et ont crée la SARL d’Architecture Abinal & Ropars en 2008. Leur pratique se concentre sur des programmes liés à la culture (au sens large) et aux pratiques urbaines contemporaines; un attachement particulier à la matérialité des projets, à la durabilité des dispositifs et la visibilité des signes construits marque leur travail sur l’identité des lieux.

Abinal & Ropars développent une architecture de la transformation, entendue non comme une question de style mais comme une méthode de projet. Pour l’agence, transformer une situation existante par le changement de programme et l’actualisation des conditions d’usages, c’est avant tout mettre en lumière le potentiel d’un bâtiment, révéler sa capacité de mutation. Cette posture suppose une lecture rigoureuse du réel : compréhension de la capacité des structures, hiérarchisation des contraintes techniques et clarification des régimes d’usage deviennent la matière même du projet. L’agence accorde une attention centrale à la gestion de la complexité programmatique, notamment lorsque logements et équipements doivent partager un même édifice: capacité d’analyse et de mise en lumière des possibles, inventivité des dispositifs, sont ici le fruit d’une longue expérience acquise sur des projets d’une rare complexité dans des situations urbaines particulièrement denses. Qu’il s’agisse d’intervenir sur l’existant ou de construire du neuf, le travail s’organise autour d’un même principe : produire de la cohérence là où coexistent des exigences hétérogènes. L’approche de l’agence se traduit par une économie de moyens assumée, mais jamais réductrice. La sobriété formelle sert une intensité d’usage, portée par des réglages typologiques fins et une matérialité pensée comme performance : lumière, confort, durabilité, maintenance. L’écriture architecturale peut alors assumer une sophistication maîtrisée, non spectaculaire, issue de la logique constructive et de la nécessité urbaine. La transformation redonne ainsi des bâtiments qui se sont souvent construit contre la ville héritée dans la seconde moitié du XXème siècle, une urbanité cultivée et apaisée. Abinal & Ropars affirment ainsi une modernité exigeante nourrie de culture classique, fondée sur la justesse, la tenue et la capacité du projet à transformer durablement les conditions d’habiter et de faire ville.

Vue depuis l'atelier d'Edouard sur les jardins de la Villa Médicis, peint en 1838 par Victor Baltard

Extravagance et discipline

Auteurs de réalisations rares mais marquantes, Julien Abinal et Édouard Ropars dessinent un parcours à la fois singulier et inclassable : en pleine immersion dans l’époque mais volontiers à contre-courant, nourri par une culture architecturale affûtée tout en étant incroyablement ouvert aux autres champs de la création, pétri d’une rigueur et d’une exigence qui n’exclut pas une totale indépendance esthétique, sans autre frontière que celle de l’ennui.

C’est au tournant des années 2000 que les deux jeunes architectes se rencontrent, au sein de la nébuleuse choisie et exclusive qui gravite autour de la figure de Patrick Berger. Ayant été son élève à Paris-Belleville après avoir étudié à l’École d’architecture de Rennes (que le même a livrée en 1990), Ropars termine alors une collaboration d’un an dans l’agence Berger & Anziutti, qu’il intercale entre la soutenance de son DPLG en octobre 2002 et une résidence d’un an à l’Académie de France à Rome (2003-2004). Encore étudiant à Paris-Malaquais, où il a côtoyé des enseignants aussi différents que Jean Deroche, Christian Girard, Claude Lévêque ou Philippe Simon, Abinal débute quant à lui un séjour plus long dans la même agence ; sept années initiatiques où il enchaîne les concours et suit des projets importants, comme la Maroquinerie des Ardennes pour Hermès (livrée en 2004) ou la piscine Alfred Nakache dans le Bas-Belleville (livrée en 2009). Aujourd’hui encore, il arrive que Patrick Berger sollicite l’un ou l’autre pour développer en collaboration un aspect particulier d’un de ses projets, à l’image de l’extraordinaire carreau de 7,5 x 15 cm en verre moulé sur fond réfléchissant (peinture chromée) qu’Abinal a mis au point pour la nouvelle station Châtelet-Les Halles. Se reconnaissant modérément dans les théories esthético-sémiologiques du « maçon qui a appris le latin » les deux futurs associés adhèrent en revanche pleinement à son travail rigoureux et expérimental sur l’art de bâtir, les systèmes constructifs et la poétique des matériaux.

La bonne distance

Si l’œuvre de Berger constitue un point de passage commun, elle est loin de résumer la culture architecturale foisonnante d’Abinal et Ropars. Fasciné par l’identité architecturale singulière de Paris, le premier n’en finit pas d’analyser certaines typologies (grands magasins, passages, hôtels de luxe, etc.) et d’explorer l’oeuvre de figures intermédiaires comme Granet, Chareau, Sauvage ou Roux-Spitz, qui ont contribué à la façonner. Le second partage quant à lui sa vie entre Paris et Berlin, qu’il a découverte, striée de grues, lors d’une année d’étude déterminante à la TU en 1996-1997. À une époque où l’architecture française lorgnait surtout sur le néomodernisme méditerranéen ou sur l’architecture « superdutch » post-OMA, Ropars croise là d’autres voies, plus germaniques : les développements de « l’architecture analogue » autour des Suisses Fabio Reinhart, Miroslav Sik et Luca Ortelli, le néorationalisme de Oswald Mathias Ungers et surtout de son élève Hans Kollhoff. Chez ce dernier, il perçoit notamment une autre manière d’articuler l’architecture à l’histoire et à l’identité d’un lieu urbain : non pas par la forme ou le signe, comme dans le postmodernisme, mais par la mise en oeuvre de la matière elle-même. Capables de parler avec autant de passion de Peter Zumthor que de Michael Graves, de Caruso St John que de Gordon Bunshaft, Ropars et Abinal semblent construire leur imaginaire architectural selon des catégories moins stylistiques que poétiques, moins formelles que matérielles, toujours attentifs à la manière dont les autres champs de la création traitent des mêmes sujets.

Férus de mode et d’art contemporain, de photographie et d’arts décoratifs, de littérature et de cinéma, les deux architectes sont associés depuis 2008 (juste après qu’Abinal ait soutenu son DPLG), et depuis longtemps installés dans le très hype faubourg Poissonnière. C’est là qu’ils travaillent, sortent, vivent comme dans un village, en interaction avec une communauté de créateurs de leur génération. Déplorant l’isolement de la production architecturale par rapport à l’art contemporain, Ropars cultive les amitiés qu’il a tissées à la Villa Médicis, puis à la Villa Arson, cherchant sans cesse à croiser les pratiques : avec l’écrivain Stéphane Bouquet, qu’il associa au projet du musée Rimbaud, avec la plasticienne Natacha Lesueur, dont il partagea un temps l’atelier, ou bien avec le photographe de mode Philippe Jarrigeon, ancien élève de cette dernière à l’ECA Lausanne, avec qui Ropars & Abinal ont réalisé plusieurs scénographies d’expositions, notamment la très raffinée présentation patrimoniale « Harcourt toujours » pour la cristallerie Baccarat (montée successivement en septembre 2011 au musée- galerie de la marque, à Paris, et en mai 2012 à sa manufacture de Lorraine).

Le goût des autres

Par un effet d’osmose, c’est dans les milieux urbains et arty, du luxe et de la nuit, que Ropars et Abinal obtiennent leurs premières commandes (à l’instar de Berger, maître d’oeuvre du Palace en 1978). Proches de Lionel Bensemoun et d’André Saraiva, les créateurs du Baron, ils ont réalisé en 2008 le salon TILT, espace VIP du club Le Showcase, sous le pont Alexandre-III. Inspiré du monde acidulé des premiers jeux vidéo, cet aménagement frappe par l’installation lumineuse réticulée constituée de segments de néons multicolores qui tapissent la voûte et dont l’implantation en nid d’abeilles détourne subtilement les motifs en opus incertum de l’appareillage des pierres. La même année, et pour le même réseau, ils aménagent le bar du Régine’s, la boîte de nuit mythique de la rue de Ponthieu (8e arrondissement). Cette fois, ils s’inspirent de l’ambiance capiteuse et kitsch de l’appartement de la « Reine de la nuit » et de son goût pour le verre biseauté, qu’ils transposent sous la forme d’une sorte de Tetris de verre, qui combine l’intimisme spéculaire d’une salle de bains et l’extraversion festive d’une boule à facettes.

Ce qui frappe dans la production d’Abinal & Ropars, c’est, au diapason de notre époque disparate, la variété sans limite des programmes auxquels ils s’intéressent. Ils semblent animés de la même curiosité pour une scénographie d’exposition d’art contemporain ou d’un événement corporate (expositions à l’Atelier Renault des Champs-Élysées, en hiver 2011 et été 2012), un projet d’immeuble de logement social à Paris ou de bowling de luxe à Alger (un projet de 2008 abandonné suite à la crise), une installation dans un grand magasin (pour le Printemps en 2014, au Carrousel du Louvre en janvier et à Marseille en mai) ou un ensemble d’objets liturgiques (le tabernacle et la croix pour la nouvelle église Saint-Paul-de-la-Plaine de Patrick Berger, en 2014). Sans préjugé, avec un mélange d’humour et d’empathie, les deux architectes aiment s’immerger dans des univers parfois inconnus, à la recherche du point d’équilibre architectural entre le sens, le lieu et la main, entre l’imaginaire particulier d’un groupe, la dynamique de transformation d’une situation, à l’histoire propre, et la métamorphose concrète d’un ensemble de matériaux choisis par toutes sortes de savoir-faire (manuels ou industriels, artistiques ou artisanaux, ancestraux ou innovants, etc.).

Les traits du caractère

Pour qualifier leur démarche, Abinal et Ropars ressuscitent un mot un peu oublié de la théorie architecturale : le « caractère », qu’il faut entendre à la manière de Quatremère de Quincy comme « le pouvoir qu’a l’ouvrage de nous apprendre quelle est sa nature particulière et quelle est sa destination ». L’architecture doit savoir caractériser un nightclub VIP avec autant de justesse qu’un immeuble d’appartements. Cela n’a pas beaucoup de sens que le second ressemble au premier, comme ce fut le cas dans la décennie précédente sous les doubles auspices de Delanoë et du courant architectural de la « French Touch », dont Abinal et Ropars se démarquent radicalement.

Pierre Chabard, d’Architectures 248, octobre 2016

Le Pavillon des Oiseaux dessiné en 2002 par Edouard pour Patrick Berger, réalisé par l'architecte en 2019 à Grancey-le-Château

Collaborent avec l’agence

Lucas Bosch, Gaspard Clozel, Maxence Heidet, Agathe Labaye, Mathieu Leonhardt, Oksana Reva, Nina Signolet, Quentin Toulemonde, Nicolas Wielgosik et bien sûr Jasper Joyce

 

Ont collaboré avec l’agence

Marouane Abachi, Zineb Anber, Arthur Antzenberger, Oudish Appadoo, Antoine Barjon, Aurélie Bataille, Hélène Besnard, Edouard Beaumet, Anthony Benarroche, Giulio Bergamaschi, Matthieu Bergeret, Eva Borcova, Lucy Braunstein, Jules Brisson, Murat Cacan, Felipe Carrara, Alexandre Cherbonnier, Gabriel Coin, Sacha Discors, Balthazar Donzelot, Carmen Duplantier, Mathilde Dutilleul, Gautier Espitalier Noel, Guillaume Anatole Farraud, Adrien Filleau, Julie Ferraro, Claire Fuchs, Nathan Gatignol, Thomas Gomes Daubernay, Gabriel Gontier, Laetitia Graziani, Aurèle Hebert, Perrine Hénault, Morgan Henry, Simon Jouin, Théo Kermarrec, Youssef Laguerche, Benjamin Laurent, Paul Lebailly, Damien Maciejewski, Léa Marchal, Jérôme Mathiot, Rémy Mendès, Chloé Meurillon, Camille Michaud, Jérémy Piette, Guillaume Prévost-Bourré, Antonin Rasamoely, Margherita Ratti, Adrien Rebois, Alexandre Rolland, Marc Rousseau, Nicolas Roux, Manila Sudaros, Damien Tavares, Erika Tomezac, Nina Trouvé, Eloi Schultz, Fiona Stahl, Karolyn Thibus, Hugo Tremolada, Ida Tulkki, Paola Vilafranca Arias, Tristan Zelic