Logements boulevard de la Chapelle,

Paris, 2009 – 2016

L’opération du 22-30 boulevard de la Chapelle se situe au nord du boulevard, à l’angle de la rue Philippe de Girard et se présente comme une longue façade d’une soixantaine de mètres, exposée au sud et en vis à vis direct de la superstructure du métro aérien de la ligne 2. Elle remplace une série de bâtiments formant un paysage irrégulier de parcelles étroites et de hauteurs de construction variées.

Situé entre les voies de la Gare du nord et celle de la Gare de l’est, le bâtiment marque l’entrée d’un quartier faubourien beaucoup remanié depuis une vingtaine d’année, mais dans la proximité visuelle directe d’un bâtiment des années vingt à l’échelle monumentale et d’une Poste expressionniste du début des années quatre-vingt-dix.

Cette ambiguïté de caractère est à la base d’une recherche d’un registre architectural cohérent alliant la sensation et la trace d’un tissu urbain traditionnel, l’unité d’une grande forme construite accueillant un équipement fort à rez-de-chaussée et la cohabitation des deux échelles de programme fortement contrastées.

Rythmée en 7 travées verticales de mesures proches mais de hauteurs différentes, la façade de l’immeuble de logements s’anime de retraits successifs de faible profondeur associés à une « jardinière ». Revisitant le patrimoine du début du XXème siècle et en particulier les bâtiments de l’architecte Henri Sauvage, ce dispositif offre un espace en extension des logements, ouvert aux usages des habitants.

Exposée aux nuisances d’un grand axe de circulation, boulevard vivant et tumultueux, la façade a développé une réponse technique spécifique et innovante, associant double fenêtre et jardinière ; s’inscrivant dans un paysage urbain fort et contrasté, elle n’en revendique pas moins une continuité avec son environnement, tout en construisant un dialogue intérieur, intense et subtil, de couleurs et de matières.

Le plan distribue 55 logements autours de deux cages disposées symétriquement (le corps ouest s’augmentant d’une coursive). L’équipement s’installe au rez-de-chaussée de l’opération et se développe au cœur de la parcelle, en particulier pour ses deux grandes salles destinées aux activités de spectacle et de danse. Le commerce à l’angle de la rue Philippe de Girard et l’équipement au centre de la façade sur le boulevard s’expriment par des baies monumentales réinterrogeant les façades à entresol du Paris traditionnel.

 
 
 

Pour qualifier leur démarche, Abinal and Ropars ressuscitent un mot un peu oublié de la théorie architecturale : le « caractère », qu’il faut entendre à la manière de Quatremère de Quincy comme « le pouvoir qu’a l’ouvrage de nous apprendre quelle est sa nature particulière et quelle est sa destination ». L’architecture doit savoir caractériser un night-club VIP avec autant de justesse qu’un immeuble d’appartements. Cela n’a pas beaucoup de sens que le second ressemble au premier, comme ce fut le cas dans la décennie précédente sous les doubles auspices de Delanoë et du courant architectural de la « French Touch », dont Abinal and Ropars se démarquent radicalement.

A cet égard, le bâtiment qu’ils viennent de livrer boulevard de la Chapelle constitue un jalon majeur dans leurs réflexions de longue date sur le logement collectif parisien. Conscients du cadre normatif très contraint de ce genre de programme, ils considèrent que la marge architecturale ne se situe ni dans l’innovation typologique ni dans la gesticulation volumétrique. Très précis et réglés, leurs plans sont impeccables : deux cages d’escalier pour desservir chacune quatre à cinq appartements ; des pièces régulières, des séjours à double orientation, des cuisines occultables et éclairées, certaines salles de bains éclairées également. Mais, par sa matérialité, ses motifs, son épaisseur, c’est vraiment la façade qui caractérise l’édifice, qui dit ce qu’il est et où il se trouve. Globalement simple, répétitive, minérale, elle joue de ses retraits, revisitant librement la coupe à gradins des immeubles d’Henri Sauvage. Avec ses jardinières, ses larges baies aux proportions horizontales, ses doubles fenêtres, l’une, très abstraite, simple coulissant en verre solaire, l’autre plus prégnante, avec ses menuiseries en aluminium couleur champagne-, elle met subtilement à distance les séjours, généreusement ouverts plein sud, du viaduc tonitruant du métro parisien.

Pierre Chabard, Abinal & Ropars, Extravagance et discipline, d’A 248, octobre 2016

projet
Construction de 55 logements sociaux et un centre d’animation

dates
2009-2016

phases
Procédure adaptée (projet lauréat) – livré

maîtrise d’œuvre
Abinal&Ropars – Edouard Ropars et Julien Abinal architectes

bureaux d’étude
IN4 (structure), Fabrice Bougon (économie), Louis Choulet (fluides, HQE), Casso et associés (sécurité incendie, accessibilité)

maîtrise d’ouvrage
ELOGIE SIEMP/DJS-Ville de Paris

site
22/30 boulevard de la Chapelle – PARIS XVIII

prix
Prix de la Première oeuvre du Moniteur 2016