Logements boulevard Vincent Auriol,
Paris, 2016 – 2019
Milieu et ensemble vont de pair. A la Biennale de Venise de 2012, Sik proclame « And now the Ensemble !!! » et appelle à « donner encore forme collectivement à la ville et son architecture, en un ensemble (Ensemble) cohérent et pourtant à l’échelle, pour lequel tous les habitants et les concepteurs s’engagent et jouent une part créative ».
Par leur radicalité, les positions défendues par Sik ont l’avantage de mettre l’accent sur le corollaire de l’attention portée à l’atmosphère ou à l’ambiance, à savoir leur facteur unifiant ne signifie pas que les réalisations architecturales s’effacent en se fondant dans un contexte ; il signifie qu’elles ont une présence qui ne recherche pas une différenciation exclusive, c’est-à-dire une différenciation qui les exclut de l’ensemble. Elles auront donc une présence plutôt intrigante qui appelle à regarder attentivement, « de près ».
Sur la scène française récente, Abinal & Ropars (Julien Abinal (1976) et Edouard Ropars (1973)) seraient sur des positions proches de celles de Sik. En réalisant comme un îlot-bâtiment (2015-2020), boulevard Vincent-Auriol à Paris XIIIe arrondissement, le long d’un viaduc du métro aérien, ils se confrontent au paysage brutal de la rénovation urbaine de ce quartier proche de la place d’Italie. Le bâtiment, en adoptant une compacité qui le fait se différencier de toute volumétrie parallélépipédique et abstraite, est intrinsèquement urbain. La complexité de son volume unitaire s’enrichit d’une modénature qui est à l’échelle du bâtiment tout entier. Abinal et Ropars proposent ainsi un langage architectural susceptible d’apporter un nouvel accord dans un ensemble dissonant.
Jacques Lucan, HABITER ville et architecture, EPFL press, 2021
Le projet de Abinal & Ropars pour le musée Rimbaud de Charleville-Mézières illustre parfaitement cette manière de subvertir le réel par l’architecture pour libérer le potentiel qu’il contient déjà. Avec peu de moyens et par l’orchestration critique d’un parcours architectural, ils ont à la fois réinventé le contenu de ce musée, restauré l’ancien moulin du XVIIe siècle qui le contient, et l’ont resitué dans sa géographie concrète et culturelle.
D’abord frontal et monumental, empruntant un des axes de la place Ducale vers la façade néoclassique du moulin, ce parcours est immédiatement contredit dès qu’on pénètre dans le hall, monochrome noir à triple niveau, aussi étroit qu’une coulisse, habité par une immense installation lumineuse de Claude Lévêque. Envoyé dans les combles du moulin, le visiteur enchaîne ensuite en descendant les différentes salles du musée avant d’investir, à l’arrière, la petite île sur la Meuse que le bief du moulin a découpée, aux pieds du mont Olympe.
Fruit de la collaboration avec l’écrivain Stéphane Bouquet, la belle idée pour ce musée dépourvu d’une véritable collection a été de le construire sur des correspondances sensibles entre l’architecture du moulin et la trajectoire littéraire de Rimbaud. En amont, le « grenier » évoque celui de la ferme natale de Roche, à la fois espace d’enfermement et d’évasion ; en aval, le cryptique et vertigineux passage au-dessus de la Meuse, échappée d’eau et de lumière, figure la sortie de Rimbaud de l’écriture ; le hall noir et le cadran lumineux de Claude Lévêque dit, quant à lui, l’éternel retour de Rimbaud à sa ville natale et honnie, qu’il « n’a jamais cessé de quitter », comme Bouquet le dit bien.
L’intérêt de cette architecture n’est pas seulement de rendre concrète, de rematérialiser l’expérience littéraire et poétique, mais aussi de déjouer les lectures conventionnelles d’un auteur devenu un classique et l’objet d’un véritable culte. Fondé sur une analyse précise, pointue et réactualisée de son œuvre, ce projet muséal lui rend toute sa puissance esthétique, hérétique, voire érotique. Au fond, le parallèle entre architecture et poésie pourrait être généralisé à tout le travail d’Abinal et Ropars, qui, dans chaque projet, tendent à mettre en crise l’architecture avec ses propres moyens et à l’intérieur même de ses codes les plus immuables, pour instaurer et caractériser de nouvelles situations.
Extravagance et discipline, Pierre Chabard, d’A 248, octobre 2016
projet
Construction de 65 logements sociaux, de trois locaux d’activités et d’un jardin potager partagé en toiture
dates
2016-2020
phases
Procédure adaptée (projet lauréat) – livré
maîtrise d’œuvre
Abinal&Ropars – Edouard Ropars et Julien Abinal architectes avec LA architectures, Sophie Delhay architecte et JKLN architecte pour le plan masse
bureaux d’étude
Bollinger-Grohmann (structure et façade), Fabrice Bougon (économie), Louis Choulet (fluides, HQE), ACV (acoustique), Casso et associés (sécurité incendie, handicapabilité)
maîtrise d’ouvrage
PARIS-HABITAT OPH
site
90, boulevard Vincent Auriol – PARIS XIII
artiste
Jacques Julien
- 1 · Vue aérienne du bâtiment en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 2 · Détail de façade, photographie Martin Argyroglo.
- 3 · Insertion urbaine du bâtiment, photographie Martin Argyroglo.
- 4 · Vue du bâtiment en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 5 · Maquette du bâtiment.
- 6 · Photographie de la maquette du bâtiment présentée dans l'exposition Habiter plus, habiter mieux du Pavillon de l'Arsenal en septembre 2018, photographie Julien Abinal.
- 7 · Vue (direction) du bâtiment en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 8 · Vue (direction à indiquer) du bâtiment en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 9 · Vue des prolongements extérieurs des appartements, en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 10 · Vue des prolongements extérieurs des appartements, en chantier, photographie Martin Argyroglo.
- 11 · Vue aérienne, photographie Laurent Kronental.
- 12 · Vue lointaine du bâtiment, photographie Laurent Kronental.
- 13 · Vue ?, photographie Laurent Kronental.
- 14 · Détail de façade, photographie Julien Abinal.
- 15 · Détail de façade, photographie Julien Abinal.
- 16 · Détail des balcons et jardinières, photographie Martin Argyroglo.
- 17 · Axonométrie de la façade (direction à préciser).
- 18 · Détail des balcons en façade, photographie Martin Argyroglo.
- 19 · Vue des balcons filants, photographie Martin Argyroglo.
- 20 · Vue aérienne de la façade (direction) du bâtiment, photographie Julien Abinal.
- 21 · Axonométrie de la façade (direction à préciser).
- 22 · Vue intérieure du hall A, photographie Julien Abinal.
- 23 · Plan de traitement du sol du hall A.
- 24 · Maquette du projet de colonnes de l’artiste Jacques Julien.
- 25 · Entrée sur jardin avec les colonnes de l'artiste Jacques Julien, photographie Laurent Kronental.
- 26 · Entrée sur jardin avec les colonnes de l'artiste Jacques Julien, photographie Laurent Kronental.
- 27 · Prolongement extérieur d’un appartement, photographie Martin Argyroglo.
- 28 · Vue intérieure des grandes baies sur balcon des étages supérieurs, photographie Martin Argyroglo.
- 29 · Vue du potager partagé en toiture, photographie Julien Abinal.
- 30 · Vue du potager partagé en toiture, photographie Julien Abinal.
- 31 · Vue du potager partagé en toiture, photographie Julien Abinal.
- 32 · La Fabrication, série de dessins au crayon sur papier de l’artiste Stéphanie Nava, représentant les différentes étapes d’une fabrication fictive de la maquette du bâtiment, 2020-2021.
- 33 · La Fabrication, série de dessins au crayon sur papier de l’artiste Stéphanie Nava, représentant les différentes étapes d’une fabrication fictive de la maquette du bâtiment, 2020-2021.
- 34 · La Fabrication, série de dessins au crayon sur papier de l’artiste Stéphanie Nava, représentant les différentes étapes d’une fabrication fictive de la maquette du bâtiment, 2020-2021.
- 35 · Le projet a reçu le Prix d’Architectures 2020 des 10 meilleures réalisations.